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Jim Zeller lancement album

Rock’n’ blues – Jim Zeller en jette plus que jamais

Par Marie Desjardins

Le mardi 7 mai, au Rosewood, dans le Vieux-Montréal, Jim Zeller a lancé Blues From Another Planet, son dernier CD. Le mot happening est galvaudé, mais il prend ici tout son sens. Le bar était plein. Ils étaient là, les fans, les fidèles, les pairs, fascinés par l’harmoniciste et son band. Cheveux hirsutes noirs corbeau, assortis à ses yeux soulignés de khôl – le punk est toujours là – veste noire et chemise bleu électrique (cols remontés bien entendu), c’était bien Jim, qui se décrit parfaitement lui-même dans « Black and White », première chanson interprétée sur scène : « I never grew up… » Il aurait pu aussi dire : « J’ai toujours été là… » Jim et son harmonica, son blues d’une autre planète – c’est vrai – font depuis les années soixante-dix partie intégrante d’un paysage musical qui ne semble appartenir qu’à lui. Zeller. La seule évocation du nom et l’image jaillit. L’harmoniciste virtuose, il faut bien le dire, est versatile. Est-il rock, punk, blues, metal, folk, country, maître du spoken word? Jim est tout, un artiste complet, à la fois intellectuel et cool, drôle et profond, et toujours une sorte de petite bête de scène. Lou Reed n’est pas loin, quand, au Rosewood, un souffle newyorkais flotte sur un band bleui par les spots. Une sophistication dont Jim a gardé le secret. Les volutes de l’harmonica – un prolongement de la voix – sur des rythmes maîtrisés, le passage du temps n’a pas touché sa modernité.

Accompagné de sa fiancée choriste, Bella Godmer, et de ses musiciens, Jim bouge comme il a toujours bougé, de la même manière ensorcelante, conviant immédiatement la salle à sa transe, autant dire sa marque de commerce. Tout à coup, devant tous, il est seul. En lui-même. Sa passion n’a pas pris une ride. Au contraire, elle a rajeuni, elle s’est raffinée. Un résultat tight comme on dit dans le jargon, et avec raison. CHOM et autres médias auraient dû être là, le 7 mai, pour ce happening… C’est peut- être mieux ainsi – Zeller a toujours fait briller l’underground – là où, souvent, ça se passe vraiment. Et avec ça un sens de l’humour inimitable. Jim aime conter, c’est un poète, un troubadour ceinturé d’harmonicas, un saltimbanque surgi d’une nouvelle d’Oscar Wilde. La chanson « C’est Long », la sixième de l’album, est une véritable pièce. Sept minutes treize de bonheur. Paroles impayables sur harmonies lancinantes. Ce blues génial devrait être récupéré par la Ville de Montréal dont Jim se moque avec intelligence. L’hiver atroce à peine terminé l’aura inspiré. Par ailleurs, Jim se réclame du « spirit world ». Bien sûr. Sur cet album parfaitement monté, soigné, tout simplement bon, c’est la chanson « Brother From Another Planet » qui illustre le mieux cette inspiration de l’au-delà, de l’ailleurs, ou, pourrait-on dire, du . Bowie et son Major Tom l’aurait enviée à Jim qui, au Rosewood, a donné de cet opus une interprétation qui aurait convenu, par exemple, au centre Bell. Là, ça aurait fessé dans le dash encore plus.

C’est ce que Jim a toujours fait, depuis plus de trente-cinq qu’il se la coule douce, et dure. Ce mardi au Rosewood est mémorable. Certains vieux de la vieille, comme on dit – hélas – étaient là pour en témoigner : John Mc Gale ou encore Carl Tremblay, l’harmoniste qui a toujours été proche de Jim. Pas de rivalité, de compétition. L’union vaut bien mieux. C’est pourquoi Jim peut chanter « Life Is Good ». L’artiste n’a pas le talent prétentieux, même s’il sait ce qu’il vaut. Il a du cœur. Il aime.

Avant que le band commence, alors que les invités entraient par grappes dans le bar, les harmonies de « The Man With The Harmonica » fusaient dans la salle. Cette pièce instrumentale de cet album aussi riche que varié est poignante, un petit chef- d’œuvre d’interprétation. Quant au titre, qui sonne comme celui d’un western, il est parlant. Même entouré, aimé, Jim est un peu un cow-boy solitaire. On peut dire de lui qu’il était une fois dans l’Ouest… Si Ennio Morricone avait eu ce flamboyant marginal à ses côtés pour interpréter ses compositions, Sergio Leone en aurait eu le cœur retourné.

Les éperviers planent dans un ciel bleu étale – comme la chemise de Jim. Zeller a un petit côté éternel. Les méchants ne l’ont pas abattu. Les bons l’honorent depuis ses débuts.

Blues from another planet est un CD à se procurer.

Photos  : Géo Giguère     –     Vidéo : Muriel Massé

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

3 Comments

3 Comments

  1. Geo Giguere

    10 mai 2019 at 9:32

    Bravo Marie Desjardins, excellent article!

  2. Louis Bonneville

    10 mai 2019 at 10:10

    Jim Zellers est un musicien fascinant, doté d’une expérience et d’un talent imposants. Marie Desjardins réussit parfaitement à en faire le compte rendu…

  3. sylvain chartrand

    11 mai 2019 at 6:02

    Guy Bélanger m’a déja dit de Jim, « c’est une machine ». :o)

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