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David Bowie

David Bowie : l’histoire de Ziggy Stardust
Publié le 12 mai 2020

 

Par Ricardo Langlois

Le début de la contre-culture. Peace and love. Kerouac et les premiers joints. L’adolescent que j’étais, confiné dans sa chambre tente de percer le mystère de David Bowie et l’époque glorieuse du glam rock.

L’album The Rise and fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972). On saute la barrière psychique. On expérimente la Bowiemania qui s’installe en moi presqu’en même temps que Black Sabbath. Dans Five Years, il nous informe que la Terre allait bientôt mourir, Bowie chante : et il pleuvait et il faisait froid et j’avais l’impression d’être un acteur.

Il interpelle les ados. Il comprend que les jeunes cherchent un modèle de vie pour échapper à un vague sentiment d’aliénation (un mélange subtil de mal-être et d’ennui?)

Rock n Roll Suicide 

Rock n Roll Suicide, la dernière pièce de Ziggy Stardust que Bowie interprète souvent à la fin de ses concerts.

Oh, non mon cher, tu n’es pas seul
Peu importe qui tu es ou d’où tu viens
Peu importe ce que tes yeux ont vu et quand les
Couteaux qui lacèrent ton cerveau
Moi aussi j’ai souffert je peux t’aider à surmonter
Ta douleur tu n’es pas seul

Ziggy (Bowie) refuse les normes de la société contemporaine : garçon-fille, humain-non-humain, homo-hétéro. Oui dans cette chanson suicidaire, Ziggy nous tend la main (prisonnier du labyrinthe de la vie humaine. Hamlet dans une version moderne. Prisonnier d’un désert émotionnel qui ravage les villes, les cités, le modernisme. Il suffit de tendre la main. Écouter la musique, celle du cœur? Bowie tente à sa façon de mobiliser les affects (terme freudien pour désigner les émotions). Est-ce une opération triviale? Une nouvelle réalité? Bowie a un maître (c’est ma conviction), l’anglo-surréaliste Syd Barrett, barbouillé de mascara. Il cherche sa voie. Il se transforme en Ziggy, un homme androgyne. Il a construit son personnage. Il y a une vérité dans l’Art de Bowie. Son incroyable aura étrange et glamour tranchait avec la vie banale. Il est quasi-cosmique, extra terrestre du Glam Rock.

The Man Who Sold The World

The Man Who Soul The World (1970) album important et mal compris. Il vit en commune dans l’esprit hippie dans un appartement. Ses musiciens sont influencés par Cream, Black Sabbath et Led Zeppelin. Il fait référence aux surhommes de Nietzsche ( lire Ainsi Parlait Zarathoustra, œuvre maîtresse) dans la pièce The Supermen.

À l’est d’Éden, il y a cette existence tragique

Tragic endless lives
Des existences tragiques
Pour l’éternité
Could heave nor sigh in solemn perverse
Serenity
Sans un sanglot sans un soupir
Voués a une sérénité perverse et
Solennelle
Wondrous beings chained to life
Êtres surréels enchaînés à la vie.

On parle d’un album fondateur qui influencera considérablement Robert Smith des Cure, Trent Reznor de Nine Inch Nails ainsi que Kurt Cobain (voir Unplugged). Malgré tout, l’image de Ziggy, homme cosmique, mi-ange mi-dieu avec plateformes boots nous séduit. Peut-être même que Kiss (Paul Stanley) enviait cette posture d’ange du glam rock.

Diamond Dogs

1974. Sous les cendres de Ziggy Stardust, Bowie a un rêve, celui de faire l’adaptation musicale du roman 1984 de George Orwell. Les héritiers de l’auteur refusent. Bowie se transforme en prophète mi-homme mi-chien. Un son plus abrasif, le fameux Rebel Rebel aux accents rock (cf : Rolling Stones). Un album de mégalomanie et d’urgence. 1984 est devenu funky juste pour que je puisse danser devant le miroir. Un vrai bijou cet album. Le titre : les chiens de diamant, l’explication agressive (infliger une douleur à l’étranger, puttin pain in a stranger). Un univers agonisant et schizophrénique dans l’attente d’une rédemption.

David Bowie chante 1984 à The Dick Cavett Show en 1974

Une anecdote s’impose : Bowie a un demi-frère schizophrène Terry Burns duquel il a tout appris du jazz aux livres de Kerouac. Terry s’est suicidé fin 1994 à la gare de Coulsdon South, au sud de Londres en mettant sa tête sur les rails. Cependant David Bowie n’est pas fou, il sublime son art en lisant James Joyce ou le Théâtre de la cruauté d’Artaud. Nous sommes morts (We are the dead)… Mort au monde. À ce Monde? Bowie a été Ziggy pendant au moins six
ans.

En février 1976, l’album Station to Station continuera à sa manière à mieux le comprendre, l’appréhender (écoutez la pièce-titre 10 minutes et 14 secondes) la plus longue jamais enregistrée de sa carrière.

En conclusion…

1976 est une année difficile pour cet artiste avant-gardiste. Perdu dans la cocaïne, son état mental est perturbé, mais, il reste tel quel. Il est comme le poète Mallarmé, son espace narcissique reste symbolique. Fantasme de l’Androgyne, il cherche sa voie. La religion du Moi. Il continue son exploration musicale : art rock, funk, soul. L’album se classe en 3e position aux States. Son voyage l’amène dans une sphère psychique (à la limite de la folie) selon un journaliste du Rolling Stone. Il voyait des cadavres tomber par la fenêtre, des sorcières qui voleraient son sperme. Il recevait
aussi des messages secrets. J’ai pensé à Hendrix forcément et aussi à Kurt Cobain.

Je pense pouvoir vous écrire encore sur Bowie. J’ai omis Aladin Sane (un album aussi important que ceux mentionnés ici). Je vous laisse réfléchir sur Bowie, l’homme-caméléon, l’Artiste et prophète…Je pense que l’artiste était aussi influencé par un livre-clé de la contre-culture Psychic Discovery Behind The Iron Curtain, sorte de bilan sur les lois naturelles de l’occulte (la notion Temps-Espace, qui est magique).

Voici un documentaire sur David Bowie : L’homme aux cent visages ou le fantôme d’Herouville.

Notes de l’auteur : – Philosophie intime de Bowie par Simon Critchley,  – Archive Angus Mc Kinnon, revue NME septembre 1980, – FREUD chez Narcisse de Julia Kristeva, la révolution du langage métaphysique.

Bowie à 20 ans

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
2 Comments

2 Comments

  1. Geo Giguere

    12 mai 2020 at 2:04

    formidable analyse de evolution de ce cameleon, bravos Ricardo Langlois !

  2. Ricardolanglois

    12 mai 2020 at 2:30

    C’est mon plaisir de travailler avec toi et toute l’équipe… j’ai eu un fun noir à écrire cet article

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