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Les débuts de Rod Stewart

Les débuts de Rod Stewart

 

Un texte de Louis Bonneville

Rod Stewart, le début de sa carrière et son album Gasoline Alley

Londres, milieu des années soixante. Le chanteur Rod Stewart fait sensation sur la scène musicale Mod – on le surnomme « Rod the Mod ». L’ancien guitariste vedette des Yardbirds, Jeff Beck, époustouflé par la voix rauque et singulière du chanteur, le recrute en février 1967. Epic Records met sous contrat le guitariste avec son nouveau groupe. Un premier album de Jeff Beck paraît en 1968 : Truth. L’année suivante, le band, qui se nomme désormais Jeff Beck Group, en lance un deuxième : Beck-Ola. Ces deux disques percutants suscitent l’intérêt des deux côtés de l’Atlantique. C’est l’une des pages importantes de l’essor du British heavy rock.

Mais il y a une ombre au tableau : rien ne tourne rond au sein de ce groupe. À la fin du printemps 1969, la discorde a atteint son paroxysme. Beck en a ras-le-bol d’entendre se plaindre Ronnie Wood (le bassiste du groupe). Il se décide à le remercier pour ses services rendus. Or Rod Stewart est très affecté par ce congédiement : lui et Wood, en effet, s’entendaient comme larrons en foire. En juin 1969, un mois seulement après la sortie de Beck-Ola, Stewart est en studio pour enregistrer un premier album solo : An Old Raincoat Won’t Ever Let You Down (la version américaine se nommera The Rod Stewart Album). Wood est à l’avant-plan, en qualité de guitariste électrique et bassiste… Néanmoins, au cours de ce même été, Jeff Beck Group fait une courte tournée sur la côte Est américaine. Son dernier concert prévu, le 17 août, est une participation à un festival à Bethel, une petite localité de l’État de New York. La veille de la prestation, le groupe loge dans un hôtel de l’aéroport JFK. L’idée est de se rendre directement à l’événement le lendemain et revenir aussitôt le spectacle terminé, question de prendre un avion pour Londres le soir même. Mais en cet après-midi du 16 août, le guitariste est introuvable. Coup de théâtre : Beck, dans tous ses états, embarque précipitamment sur le vol de 17 h 30. Il lui faut retourner chez lui de toute urgence. Une étrange rumeur l’aurait apparemment affolé : sa conjointe aurait une aventure extra-conjugale avec leur jardinier. Beck payera cher cette réaction emportée induite par une jalousie incontrôlable, car ladite rumeur s’avérera non fondée : l’incident marque abruptement la fin de sa collaboration avec Rod Stewart, et ce, à moins de vingt-quatre heures d’un culminant rendez-vous avec l’Histoire : être une des têtes d’affiche du festival Woodstock…

Jeff Beck Group en 1968

Néanmoins, Rod Stewart a d’autres projets : par exemple, commercialiser son premier album solo (préalablement enregistré), pour le lancer en novembre 1969 en Grande-Bretagne, puis en février 1970 en Amérique. Lors de cet enregistrement, Stewart et Wood travaillent avec le claviériste du groupe Small Faces, Ian McLagan. Une synergie se développe alors entre les trois musiciens, surtout que McLagan, tout comme Stewart et Wood, vient de faire face à l’effondrement de son groupe : le leader, Steve Marriott, a abandonné le navire pour fonder Humble Pie. McLaren et les deux autres membres des Small Faces (le bassiste Ronnie Lane et le batteur Kenney Jones) se mettent à la recherche de personnel pour poursuivre les activités du groupe. Il devient évident qu’ils devraient s’associer avec Stewart et Wood. Du reste, avec ces deux grands gaillards, on éliminera le « Small » du nom du groupe… Dès que Stewart boucle l’enregistrement de son disque, Faces entame celui de son premier album… First Step sort en mars 1970. Désormais, Rod Stewart mène de front deux projets majeurs.

Faces en 1970

À moins d’un mois de la sortie de First Step, Stewart retourne en studio. Dans le nord-ouest de Londres, aux célébrissimes Morgan Studios, il s’affaire sur Gasoline Alley. Le bagage musical acquis lors de l’aventure avec Jeff Beck est un levier d’inspiration pour l’album : racines musicales américaines – R&B et Blues rock – fusionnant avec un British folk. En effet, Gasoline Alley a recours à une instrumentation acoustique : guitare acoustique 6 et 12 cordes, mandoline, violon et piano. Quant à l’aspect Blues rock, il revient à Ronnie Wood : guitare électrique, souvent au slide/bottleneck en open tuning, et basse électrique jouée avec un plectre, à la sonorité oscillante entre le clean et l’overdrive. La contribution de Wood à l’album est colossale… Stewart renforce ses liens avec les trois autres membres des Faces, en les invitant à participer aléatoirement à l’enregistrement. On reprend même une chanson des Small Faces de 1967, « My Way of Giving ». D’ailleurs, cet album compte bon nombre de reprises, pas moins de six des neuf chansons, dont « Only a Hobo », une pièce country/folk de Bob Dylan datant de 1963, et laissée en plan par le poète. La chanson « Country Comfort », signée Elton John/Bernie Taupin, est enregistrée quelques mois avant qu’Elton le fasse pour son album Tumbleweed Connection. Un des moments forts est une relecture (plutôt Boogie hard rock) de la chanson « I Don’t Want to Discuss It », popularisée par Little Richard en 1966. Quant à « It’s All Over Now », un succès des Valentino’s de 1964, il est récupéré quelques mois plus tard par The Rolling Stones. Cette reprise donne l’occasion à Wood de faire une incursion dans le répertoire des Stones – ce band qu’il rejoindra en 1975. Quant aux trois compositions de Stewart, la chanson titre de l’album, « Gasoline Alley » (coécrite par Wood), est sans nul doute la plus réussie des trois, sinon de tout l’album.

En avril 1970, on termine l’enregistrement de Gasoline Alley, et on le met sur le marché le 12 juin. La réception est excellente, l’album atteignant le numéro 27 sur le Billboard 200. Ce succès est d’autant plus remarquable que les rares simples devant promouvoir l’album passèrent complètement sous le radar… Stewart, très proactif, regagne le studio en septembre pour commencer l’enregistrement du deuxième album des Faces, Long Player. L’album est lancé en février 1971, sans pour autant obtenir la cote de Gasoline Alley – cet album qui annonce clairement l’ampleur du parcours de la méga vedette. Bourreau de travail, Stewart, de nouveau en studio en janvier 1971, crée un troisième album solo. Suivant la recette musicale de Gasoline Alley, il peaufina son art. Every Picture Tells a Story est lancé le 28 mai 1971. C’est la consécration totale de l’album ainsi que de son simple, « Maggie May », un numéro 1 (Angleterre, États-Unis, Australie et Canada). En seulement trente-trois mois de carrière sur disque, Stewart a déjà signé sept albums monumentaux de l’histoire du rock…

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BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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