Albums

Une démarche artistique s’inscrivant dans l’authenticité

Darlène
Hubert Lenoir
Simone Records (2018)
SMCD041
38:18
8/10

Par Louis Bonneville

C’est dans la foulée de l’intérêt porté au jeune groupe de Québec The Seasons, et de leur premier album Pulp paru en 2014, qu’Hubert Chiasson, co-leader de la formation, se positionne en février 2018 avec un projet solo éclatant et éclaté. Jeune maître convaincant de la mélodie accrocheuse et revendicateur enjoué d’un style glam androgyne sulfureux, Hubert Lenoir (de son pseudonyme) aborde de plein fouet avec cet album un univers pop où il tente allègrement d’en redéfinir son esthétisme. Il réussit néanmoins ici à lui offrir un nouveau lustre à la fois luxuriant et éloquent.

Mais au-delà des looks que revêt Lenoir, soit ceux aux allures d’une diva désinvolte et d’un néo-dandy scintillant, on s’attarde d’emblée à sa voix, reconnaissable et mémorable. Si le caractère vocal d’un Rufus Wainwright fait maintenant état d’une signature impérissable, on peut identifier chez Lenoir une similitude dans le désir instinctif d’imprégner à son œuvre sa propre empreinte singulière par son chant. Le manifeste artistique s’incarne autour de cet organe vocal qui s’expose sur un amalgame de styles musicaux variés : Jazz, Funk, Soul, R&B, Glam rock, Acid rock et English New wave.

L’album s’établit bien au-delà d’une création pop éphémère, il convient plutôt de le ranger vers certains précurseurs québécois auxquels on voue un culte : Québec Love de Robert Charlebois, Mellow Reggae de Claude Dubois, 13 de Doc et les chirurgiens, Soleil de Jean-Pierre Ferland, Le Dôme de Jean Leloup et l’éponyme de Boule Noir. Si ces albums idolâtrés ne se constituent pas directement comme des ancêtres de Darlène, ils s’avoisinent néanmoins en ce qui a trait de leurs démarches désireuses de pousser la limite du cliché vers le renouveau, vers l’essence du revival artistique, qui guide autant le créateur que l’auditeur dans la quête de s’imprégner d’une expérience significative.

Si l’album est présenté tel un opéra postmoderne par son créateur, les nombreuses parties instrumentales de Darlène peuvent à plus forte raison nous faire plonger dans un état d’expérience cinématographique où l’on ressent l’univers de Darling, protagoniste de l’histoire. D’ailleurs, un roman du même titre écrit par Noémie D. Leclerc, l’intime de Chiasson, a été édité en parallèle à cet album. Ce qui fait de ce jeune couple de Québec des complices de tous les instants, nous rappelant les alliances fusionnelles de Gainsbourg/Birkin, McCartney/Eastman, et plus encore, Furey/Laure.

La forte résultante de ce projet audacieux s’explique sûrement du fait que Chiasson a su s’entourer d’intervenants clés. Notons le travail exemplaire de la panoplie de musiciens, plus particulièrement les performances fondamentales de Pierre-Emmanuel Beaudoin à la batterie, André Larue au saxophone et Vincent Gagnon au Piano.

Darlène est de ces albums qui osent et repoussent les limites du convenable vers de nouveaux repères, ce qui en fait un exemple tout indiqué de création à suivre pour ceux qui revendiquent le désir de faire de l’art populaire…

photo de Annik MH de Carufel   (Le Devoir)

Hubert Lenoir — Recommencerhttps://www.youtube.com/watch?v=Iroiudj1bbE

Darlène/Site web — http://darlenedarling.com/

Hubert Lenoir/Facebook —https://www.facebook.com/jesuishubertlenoir

 

INFOGRAPHE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
RÉDAC’CHEF: GÉO GIGUÈRE

1 Comment

1 Comment

  1. Ricardo Langlois..

    31 octobre 2018 at 2:50

    Tu as été un véritable visionnaire quand tu as écrit sur ce musicien lumineux…

    j’ai eu la chance de le rencontrer !!!

    MERCI

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