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L’ex-gérant de Van Halen raconte son parcours avec le groupe

 

Par Martin Achard

Noel E. Monk fut le gérant de tournée puis le gérant de Van Halen de 1978 à 1985, c’est-à-dire au cours de l’essentiel de «l’ère David Lee Roth». Parce qu’il avait notamment fait ses preuves en pilotant avec succès la tournée américaine des Sex Pistols au début de 1978, il fut choisi pour prêter main forte au quartette de Pasadena par Warner Bros., qui était convaincu du brillant avenir de ses nouveaux protégés avant même la parution de leur premier disque. Après avoir été tenu au silence pendant trois décennies par une entente légale, Monk peut depuis peu livrer son expérience avec le groupe, qui prit la décision de le congédier en 1985. Il en a résulté un livre publié il y a quelques mois et écrit en collaboration avec Joe Layden, Runnin’ with the Devil: A Backstage Pass to the Wild Times, Loud Rock, and the Down and Dirty Truth Behind the Making of Van Halen (Harper Collins, 2017).

Sans surprise, l’ouvrage comporte son lot d’histoires lubriques et croustillantes: orgies captées sur film, groupies dénudées adaptes de l’aspersion au ketchup, saccages de chambres d’hôtel, incidents violents ou dégoûtants attribuables à la surconsommation d’alcool ou de drogues… Que serait le récit de la vie sur la route d’un jeune band de rock sans plusieurs anecdotes de ce type? Mais au-delà de cette dimension, l’ouvrage a l’intérêt de jeter un éclairage unique sur les personnalités et caractéristiques des quatre membres originaux de Van Halen, de même que sur le côté «affaires» de leur fulgurante ascension vers le succès.

Eddie Van Halen et David Lee Roth

David Lee Roth est ainsi dépeint par Monk comme le plus doué intellectuellement, entre autres parce qu’il fourmillait de bonnes idées en matière de publicité et de promotion, et comprenait que la virtuosité et le génie musical d’Eddie Van Halen constituaient, pour le groupe et donc pour lui, la meilleure garantie de succès. Sera-t-on pour autant surpris d’apprendre que «Diamond Dave» était par ailleurs un égomaniaque fini, dont le comportement s’avérait souvent ridicule et intolérable? Eddie Van Halen, pour sa part, fait l’objet de louanges pour son amabilité et son charme (du moins en état de sobriété ou de sobriété relative), mais il voit certains de ses côtés enfantins et naïfs être révélés au grand jour. À en croire Monk, il ne savait par exemple toujours pas, à l’âge de 25 ans, qu’une fellation ne pouvait causer une grossesse chez une femme, une ignorance qui lui causa des moments d’angoisse extrêmes lorsque, quelques mois avant son mariage avec Valerie Bertinelli, une fan voulut lui attribuer la paternité de son enfant.

Alex Van Halen

Tout au long du livre, c’est le frère d’Eddie, Alex, qui est décrit le plus défavorablement, soit comme un individu généralement peu raffiné, affligé d’un problème d’alcoolisme grave, et quelquefois jaloux du talent supérieur de son cadet. À la décharge des frères Van Halen, Monk raconte que leur père était lui-même un alcoolique invétéré, qui dans la première moitié des années 1970 jugeait semble-t-il bon de prendre de sérieuses cuites avec ses fils adolescents, afin de se rapprocher d’eux! Quant à Michael Anthony, il est présenté par Monk comme l’incarnation même du bon gars: discret, modeste, fiable et cherchant à éviter les conflits, tellement d’ailleurs qu’il consentit sans mot dire lorsque, en 1984, les autres membres du groupe décidèrent de le priver de royalties et de lui retirer tout pouvoir décisionnel, autrement dit de l’abaisser au rang de simple employé.

En matière de «business», Monk fait étalage de ses accomplissements au service de Van Halen. Il prétend ainsi avoir mis en place les conditions ayant occasionné un oubli crucial de la part de Warner Bros., oubli qui libéra les Californiens d’un contrat particulièrement désavantageux, en vertu duquel moins d’un dollar leur aurait été versé pour chaque vente non pas seulement de leur premier disque, mais aussi de leurs disques subséquents. Il se plaît à relater comment, à contre-courant de ce qui se faisait à l’époque, il mit le groupe à la tête de l’entreprise de confection et de vente de ses produits dérivés, une initiative qui permit à «VH» de récolter des profits énormes, avoisinant le quart de million de dollars par concert en 1982. Il rapporte aussi comment, afin de protéger les intérêts de son band, lui et son équipe s’adonnaient de façon musclée à la chasse aux revendeurs lors des soirs de spectacles, une activité qui leur valu, à quelques occasions, des démêlés avec la justice.

L’une des révélations les plus intéressantes de l’ouvrage concerne l’album Fair Warning, dont les ventes, dans les premiers mois suivant sa parution en avril 1981, pâlissaient en comparaison de celles des trois disques précédents. Afin de sauver l’honneur, le groupe eut recours à un système de pots-de-vin alors en vigueur pour s’acheter du temps d’antenne à la radio, à raison de 5000$ pour une station située dans un grand marché comme Los Angeles ou New York, 3000$ pour une station localisée dans un moyen marché comme San Francisco ou Boston, et 1000$ pour une station desservant un petit marché. Un «investissement» total de près de 250000$ permit de stimuler les ventes de l’album et de lui faire atteindre le statut de disque platine avant la fin de 1981.

Sur tous ces points et relativement à l’ensemble de se performance comme gérant de Van Halen, doit-on croire que Monk nous donne la version complète des événements, et qu’il n’y avait donc aucun motif valable à son licenciement peu de temps avant le départ de David Lee Roth? Gageons que les membres originaux du groupe opèrent une autre lecture des faits, qu’ils dévoileront peut-être un jour. En attendant, toutefois, Runnin’ with the Devil apporte un témoignage de première valeur sur une période capitale de l’histoire de Van Halen, et constitue à ce titre un indispensable pour tout amateur désireux de se documenter sérieusement sur le groupe.

 

INFOGRAPHE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
RÉDAC’CHEF: GÉO GIGUÈRE

1 Comment

1 Comment

  1. Ricardo Langlois..

    16 janvier 2018 at 10:16

    Bravo Martin de nous faire connaitre une autre page de l’histoire du rock…
    Selon le magazine Rolling Stones, Eddie Van Halen se classe en 8e position
    du top 100 des meilleurs guitaristes… Je me souviens de les avoir vu au Forum…
    Du bonbon autant pour les yeux que les oreilles… Malheureusement après l’album
    1984… ce fut presque la fin… (pour moi surtout)!!!

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