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L’histoire de Dédé Fortin

Dédé par Raymond Paquin
Édition Quitte ou double 2004, 237 p.

Par Ricardo Langlois

L’histoire de Dédé

Je commence en vous disant que l’idée même d’écrire sur Dédé Fortin me rend anxieux. Je veux dans cet article vous le faire connaïtre mais aussi le comprendre. Les artistes et les poètes sont hypersensibles. L’égo l’emporte !!! Moi, je ne sais pas suivre. Il n’y a pas d’école pour les fantômes ni pour les anges. Nous sommes un peu les deux à la fois.
Dieu se heurte devant l’écran de mon ordinateur. J’ai promis un texte lumineux. Dédé, c’était le leader des Colocs. Il s’est fait hara-kiri le 8 mai de l’an 2000, à l’äge de 38 ans, Rimbaud est mort à 37 ans. Raymond Paquin, qui a écrit sa bio était son gérant. Et tout le long du récit, on sent l’amour. L’ange protecteur qui l’observe comme une mère qui aime son enfant. Il était gentil, plein de charme. Les mères l’aimaient presque  autant que leurs filles. Il avait de la gueule, des couilles et du talent. Il aurait dû être heureux (p. 21).

Écrire sur quelqu’un qu’on aime sans pour autant nier la détresse psychologique. Je suis convaincu que les gens qui sont dans le moteur de la Création sont toujours dans l’anxiété. Ce que je suis, moi profondément depuis mon adolescence. J’avais peur du futur. Comment trouver ma place dans ce monde?

 

 

Je lis ce livre avec la douleur au ventre. Dédé Fortin, le petit bonhomme qui se faisait appelé Dédé, qui avait le monde à ses pieds, mais qui préférait la vie d’oiseau (p. 25). Dès les premières pages, Dédé avoue qu’il est pauvre, endetté jusqu’au cou, qu’il vit sur le BS. Pour son premier contrat (90 000$), avec BMG-Québec, il doit enregistrer un démo de cinq chansons (Dédé, Juste une Ptite Nuite, La rue Principale, Julie pis Je Chante Comme une Casserole).

Dédé se raconte : j’avais 14 ans quand Pichéécrit Heureux d’un printemps. Ça m’a pris deux semaines à pogner les accords. C’est un d’nos frères qui m’les a montrés. Son gérant raconte qu’il avait recopié tout Paysage, le poème de Charles Baudelaire qu’il allait finir par mettre en musique après Dehors Novembre.

Comme il est doux, à travers les brumes de voir naître l’étoile… Il aimait écrire des pages en prose, il notait des aphorismes. Il soulignait une phrase en rouge, des recettes de creton, des pensées jusqu’au récit de Yukio Mishima, survenu en novembre 1970. Une autre piste pour le biographe : Hubert Aquin, l’auteur de Neige Noire que Dédé admirait, s’est enlevé la vie le 15 mars 1977.

Dédé aimait Richard Desjardins

Écoute ça! Dédé m’avait passé ses écouteurs. C’était Richard Desjardins. Ce gars-là a trop de talent (p 76) Tout de suite je me suis vu en train de négocier l’idée de faire jouer du Richard Desjardins à CHAI FM (Chateauguay). Ouais y a pas une belle voix!! As-tu écouté ses paroles? J’ai eu le feu vert heureusement. Daniel Bélanger, Paul Piché, Marjo, Richard Séguin, Les Colocs, Leloup, c’était le son de l’époque.

Seul dans sa Tëte

L’amour c’est l’amour. Y a rien à comprendre. Moé chu pas faite pour ça, m’donne mal au ventre (tellement longtemps). C’est vrai l’amour prend trop de place : L’âme est une pierre détachée d’une montagne de lumière. Elle roule jusqu’à la vitre noire de la mort qu’elle fait voler en éclat, disait Christian Bobin… Si Dédé a de la difficulté à focuser sur l’Amour, l’auteur lui est en amour avec son artiste. Lui (Raymond Paquin) qui déteste les galas, les premières, la bière, les groupies. Une seule certitude : il aime Dédé profondément. L’effet miroir : son égocentrisme, sa force de caractère, son goût de jouer aux cartes, au hockey, son exhibitionnisme, sa fragilité, son immense curiosité, ses millions de petites peurs (oups!, l’anxiété). Il mélangeait tout. Baudelaire, Desjardins , Boris Vian, Rimbaud, Doisneau, Lautréamont. Il était un peu jaloux de Richard Desjardins (p. 100). Seul dans sa tête, Dédé se faisait un tarot virtuel en attendant la mort. Et pourtant la chanson Julie est si optimiste?

Dans ma tête à moi, c’était des gars qui s’amusaient à faire de la musique. L’amour altruiste (selon Mathieu Picard) est la joie de partager la vie de ceux qui nous entourent, amis, compagnons et de contribuer à leur bonheur. On les aime pour ce qu’ils sont et non pas à travers le prisme déformant de l’égocentrisme. L’amour altruiste ouvre une porte intérieure… Dédé aimait le Québec. On est un peuple. On se reconnait entre nous aut pis les aut nous r’connaissent On n’est pas des guerriers. On a une sensibilité artistique (p. 143). Comme lui, j’espérais le OUI au référendum. Aujourd’hui en 2019, à l’ère de la mondialisation, des cells partout dans le métro, le Facebook, l’Instagram, est-ce que Dédé aurait pu imaginer qu’un jour le parti Québécois ne serait plus que l’ombre de lui-même. Et le monde de l’Art censuré? On ne parle pas encore du pire (Trump, les changements climatiques, le téléchargement, Spotify…)

Comment la poésie survivra t-elle dans ses conditions et ses contradictions?

La chanson culte

Pour moi et pour mes chums, Tassez-vous de d’là (qui est le plus gros hit des Colocs) est l’exemple parfait de la confusion des genres. Le refrain est en wolof : Balma balma sama wadji khadja lama yonwi, Je t’ai laissé tout seul au bord de la catastrophe, pardonne-moé pardonne-moi j’ai pas voulu, j’ai pas voulu. Pas t’abandonner dans le moment le plus rough…Tassez-vous de d’là grimpa rapidement au palmarès. Les critiques furent nombreux à remarquer que les nouveaux textes de Dédé étaient morbides. Et pourtant dans les karaokés, c’est toujours moi et le rappeur Dali Girard qui chantent à tue-tête…Dédé sans le vouloir a maintenu en vie mon chum Dali en 2010 pris dans une dépression. Non il n’y a pas d’école pour les fantômes ni pour les anges Nous sommes et resterons les deux à la fois. Dédé est au ciel. Il est éternel pour les Québécois. L’Âme de Dédé est une petite fille qui tire Dieu par la manche!

Note de l’auteur

J’ai voulu parler seulement de Dédé Fortin (peut-être d’un point de vue sociologique). Comment je le voyais dans la tête de son gérant. Dans le premier et dernier paragraphe, je reprends le même fragment d’un poème de Christian Bobin dans Les Ruines du Ciel.

BANNIERE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
RÉDAC’CHEF: GÉO GIGUÈRE

2 Comments

2 Comments

  1. Geo Giguere

    19 février 2019 at 12:01

    l’AUTEUR DE CET ARTICLE, LE PHÉNOMÉNAL RICARDO LANGLOIS, a lu ce livre avec la douleur au ventre! Resultat? Ces mots nous font chaud au coeur car il revele des faits qui nous rassure sur la vie de Dédé!

  2. ricardo langlois

    19 février 2019 at 10:00

    Je viens de lire ton article
    sur le regretté Dédé et ils nous ressemblait sur
    plusieurs aspects. Je me reconnaissais a travers lui
    car il était un grand anxieux et â un certain point
    un utopiste car il avait un idéal pour le Québec mais qui
    ne sait pas réalisé ! J’aimais beaucoup Dédé car en
    tout cas pour moi, ses paroles refétaient ma propre réalité
    en quelque sorte… J’ai pleuré comme si j’avais perdu un
    frère le 8 mai 2000 mëme si je ne l’avais jamais rencontré!!
    Merci mon pote pour ton article touchant sur Dédé qui
    est probablement notre Kurt Cobain a nous en quelque sorte…

    Texto de Junior Picard

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