Livres

Serge Fiori à travers sa bio

S’enlever du chemin écrit par Louise Thériault
Éditions du Cram 388 pages, 2013.

 

Résultat de recherche d'images pour "serge Fiori et Richard Séguin année 1970"Par Ricardo Langlois

La genèse de l’Heptade d’Harmonium

Le monde est fait pour aboutir à un livre, écrit Mallarmé. Nous sommes dans les années 70, les jeunes se recueillent en écoutant leur musique. La musique est une sorte de livre. Avant de disparaître, il faut laisser une trace. Questionner ce que nous sommes venus faire en ce bas monde.

Harmonium, plus précisément, Serge Fiori, met en lumière ce qui lui dépasse.

Les causes, les effets, les origines premières.

À l’automne 1975, les musiciens d’Harmonium envisagent la production d’un troisième album, mais Serge est en panne d’inspiration. Il cherche un concept. Son idée est de réaliser un album à la fois classique, jazz et folk comme sur l’exceptionnel Si on avait besoin d’une cinquième saison. Il est obsédé par le chiffre 7. Comme les 7 chakras. Une exploration savante du corps et de l’âme et de la conscience (p 152). On pense à certaines lectures : La Cosmogonie d’Urantia avec ses sept niveaux de conscience, la Bible et les 7 portes du ciel. C’est dans sa maison à Saint Cézaire que Serge se met à l’écriture.

Rencontre avec Richard Séguin

À l’âge de 18 ans, raconte Richard Séguin, «je me suis trouvé sur la route qui mène à Saint-Benoît-du-Lac. Ici, j’arrête pour vous dire que j’ai fait souvent fait ce voyage en auto-stop. À partir de mes années du cégep, j’ai commencé à m’intéresser à la spiritualité. Kerouac a été une référence. C’est l’époque du café du Quai, l’endroit des rencontres, un lieu unique pour les musiciens de l’Estrie».

Un soir, Richard et sa blonde font la connaissance de Serge. L’amitié entre Serge et Richard est immédiate.

La recherche du concept

C’est une époque glorieuse : Les Séguin, Beau Dommage, Harmonium et les autres donnent en moyenne 250 spectacles par an. Serge se sent de plus en plus fragile. Il a tenu le coup sans que rien ne paraisse. L’anxiété monte d’un cran. Serge n’abandonne pas son projet avec Michel Normandeau. Ambiance ésotérique, est-ce vraiment l’idée que Serge veut donner à l’album? La lecture approfondie de Bouddha. L’exploration des profondeurs de la conscience. Il aura l’idée d’un personnage pris dans un coma et qu’il doit en sortir par la septième porte : il aura voyagé à travers les Sept chakras. Son écriture est spontanée. Les paroles et la musique jaillissent. J’ai pensé à ce que disait le père de Jimi Hendrix : Jimi évoluait constamment dans sa musique, ses textes, son art en général. Il allait toujours de l’avant, cherchait quelque chose de supérieur (*1).

L’architecture de l’œuvre

C’est en chantant L’exil, d’un bout à l’autre, à son ami Pierre Labonté qu’il éclatera en sanglots. Les deux hommes demeurent silencieux pendant une nuit complète. Il présente la chanson à Serge Locat, le claviériste, celui-ci est tout aussi bouleversé.

Dis-moi vers quel abri J’vais pouvoir voler Comme tu voles mon pays

Serge compose ensuite Le Corridor, la lumière monte en lui. Puisqu’il improvise et ça donne Lumière de Vie. Serge compose sans arrêt. Il est dans un espèce d’état second. Il est maître de son écriture. Ici, il parle (p. 162) d’un sentiment puissant qu’il est déconnecté de sa vie, qu’il a l’impression d’être dans un monastère.

La Sagesse

Comment aborder la sagesse quand on a 23 ans? Il s’amuse. Il expérimente. Il transforme le la en sol sur sa deuxième corde. Il modifie les accords. La sagesse, c’est l’ouverture, savoir laisser venir les choses. Parler d’amour. Il tient les premières notes de Comme un Sage pour boucler la boucle de la folie et réinsérer l’amour au cœur de la sagesse.

C’est toujours pour l’amour qu’on devient fou. Ça doit être plein d’amour parce que c’est plein d’fous tout partout

Écrit en 1976 (sans monde virtuel et numérique qui ne connaissent que le pur et simple présent). Cette formidable explosion génère des poussées d’énergie. De nouvelles voies. L’Art comme révolution existentielle. (*2) L’art de Fiori, c’est d’y aller tout de suite pour l’intuition, il veut enregistrer l’Heptade dans sa maison à Saint Cézaire. Serge n’aime pas enregistrer dans un studio extérieur. Imaginez : enregistrer neuf chansons en six jours, comme ils l’ont fait pour le premier album avec un son presque live.

 

Rencontre d’idoles

Durant l’écriture de l’Heptade, il écoute Genesis (The Lamp Lies Down on Broadway) pour la thématique, le concept. Il écoute James Taylor pour sa guitare unique, ses mix créatifs et Supertramp (Crime of the Century) pour la 12 cordes et pour la thématique générale de l’album. Il adore Jaco Pastorius et Weather Report pour l’inventivité de la basse et le groove. C’est à Toronto, au poste de radio CHUM FM, qu’il rencontrera face à face un Peter Gabriel maquillé portant un masque et un long manteau noir. Plus tard, à Londres, il jouera le même soir que James Taylor. Il reconnaît en lui un alter égo.

Il a été aux prises avec des périodes terrorisantes à la suite d’une surdose d’héroïne.

Rencontre avec Michel Barrette

«C’était l’été de mes vingt ans, en 1977, j’étais étudiant et je vivais chez mon grand-père. Harmonium à Chicoutimi?» Michel Barrette attire l’attention de Fiori. «Tout le long du show, j’ai applaudi comme un fou après chaque pièce. À la fin, j’ai fait un standing ovation» (p.205) Serge aime la générosité de Michel et lui offre des billets. Il a pris une bière en sa compagnie. Il dira en entrevue : «par la suite j’ai joué l’Heptade jusqu’à ce que je vois à travers le vinyle. Mais, surtout, j’avais tellement aimé l’homme, il était tellement gentil, vrai et touchant». Voilà un beau témoignage d’un des grands humoristes du Québec.

S’accepter tel quel

Ambigu. Serge Fiori a tout donné. Il est épuisé totalement. Un jour, il est immobile et contemplatif, le lendemain, il est transformé en tornade créatrice et occupe une place importante. C’est sa blonde Marie-Claire qui le considère comme un être humain d’exception, l’amènera dans une énergie méditative doublée d’une spiritualité commutative. Comment apaiser les doutes? Comment vivre avec un être aussi lumineux (p 250).

Mot de la fin

Mise en scène de l’objet évanoui? Entre nous, qui peut à 23 ans écrire une somme musicale quasi parfaite? Au sommet de l’ART musical québécois, l’Heptade (c’est Dieu, la poésie) l’épreuve et l’expérience. C’est la parole poétique dépossédée. C’est un souffle d’initié? C’est le poète qui se sacrifie, qui creuse l’opacité du monde. Je lui dois beaucoup à ce Serge Fiori. La compréhension au-delà de l’instinct, des limites de l’identité. Le voyage, je l’ai poursuivi avec le poète Christian Bobin. Je l’avoue humblement, il a été le premier à me montrer le chemin. Je lui dois beaucoup.

Notes de l’auteur
1- Jimi Hendrix, Stone Free de Jos Obrecht (2019)

2- Michel Onfray, La puissance d’exister Livre de poche (2006)

3- L’Heptade a coûté plus de 100 000$ à produire. Cet album a passé à l’histoire (en l’espace de 2 mois, il a été certifié Disque d’or avec 50 000 copies vendues). En 2016, l’Heptade XL paraîtra le 18 novembre en version remasterisée dans un boîtier de 2 CD et un autre de 2 CD et un DVD en plus du format vinyle.

 

BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
1 Comment

1 Comment

  1. Ricardolanglois

    28 février 2020 at 3:43

    Merci à Sylvain Trudel un écrivain québécois extraordinaire qui ma transformé par son écriture est venu liker mon article sur Facebook… ça c’est ma récompense…
    Merci pour le choix des photos Muriel Massé 💜

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