Spectacles

Heavenknox et Opusculus

Heavenknox et Opusculus
O Patro Vys, Montréal, 9 novembre 2019
Retour vers le futur!

Texte : Jérôme Brisson     Photos : Géo Giguère

Jean Cocteau, un des grands poètes et artistes multidisciplinaires du 20ème siècle qui avait le sens de la formule, avait déclaré vers la fin de sa vie : « J’ai découvert le secret de l’éternelle jeunesse. Pour rester jeune, il faut toujours débuter. » C’est cette formule qui m’est venue à l’esprit samedi soir dernier au bar O Patro Vys de la rue Mont-Royal à Montréal, alors que Serge Gaudreau (chant et violon), Deno Amodeo (guitare) et Michel Landry (batterie), trois hommes que d’aucuns qualifieraient d’âge mûr, assistés de leur jeune recrue Jocelyn Maheux à la basse, se sont emparés de la scène exiguë du bar au deuxième étage. C’est avec les yeux brillants d’un enthousiasme juvénile et sous les vivats et les acclamations de la centaine de leurs chums et copines présents, que Heavenknox a donné le coup d’envoi officiel au début… du troisième chapitre de la saga de Heavenknox, près de 33 ans après leur dissolution.

OPUSCULUS

Toutefois, c’est à Opusculus, l’incandescent trio instrumental jazz-prog-métal-fusion déjanté qui avait brassé la cage à l’Atomic Café lors d’une de nos rencontres Famille Rock en septembre 2018, que revenait la rude tâche de réchauffer le public avant le grand retour tant attendu des légendes du hard rock progressif québécois. Mais quand on sait qu’il s’agit du projet parallèle de longue date de deux membres de Heavenknox, soit le batteur Michel Landry et l’étonnant Jocelyn Maheux qui troque ici la basse pour la six-cordes, auxquels se joint le solide Bruno Lavergne à la basse 5 cordes et à la basse sans frette, un climat de connivence s’installe spontanément entre les musiciens et les fans de Heavenknox. Dès les premières salves monstrueuses de  Paganissimis , extrait de leur dernier album Resonant, le trio se met le public dans sa poche arrière. Le son d’ensemble est énorme, puissant et riche.

Au fil des pièces interprétées, de  Hard Fog  à  5553, en passant par  Gravity Waltz et Groove Fraktal, la musique touffue, presque bipolaire, change constamment d’humeur, se faisant tantôt douce et éthérée, tantôt lourde et angoissante, un moment ludique et funky pour aboutir la minute suivante à un affolant ‘shredfest’, gracieuseté du polyvalent Jocelyn Maheux. Et que dire du travail hallucinant de la section rythmique assuré par Michel et Bruno, qui assument les breaks incessants et les changements de mesures avec un groove sans faille et une précision chirurgicale. Et c’est avec Dynosorus Rox , la pièce la plus ‘accessible’ de leur répertoire, que le trio termine sa performance sous les acclamations nourries des spectateurs présents… et le regard ébahi de leurs confrères musiciens stupéfaits.

HEAVENKNOX

Après un entracte d’une vingtaine de minutes, le public de vieux fans passablement réchauffés – et Dieu sait qu’il faisait particulièrement chaud ce soir-là dans l’enceinte du O Patro Vys, à un tel point que certains des spectateurs/trices présent(e)s s’en sont trouvés momentanément incommodé(e)s, jusqu’à ce que les employés du bar se décident enfin à partir la climatisation et ouvrir la porte d’en arrière – se prépare à ovationner enfin l’arrivée sur scène des héros de la soirée, ceux dont il attendait le retour depuis trois décennies. Après les salutations à la foule d’un Serge Gaudreau visiblement aux anges, un bourdonnement croissant de synthétiseur se fait entendre puis, comme un coup de tonnerre, c’est avec un de leurs classiques, Turn Up The Music , que le quatuor entame les retrouvailles avec son public. Quel plaisir après tant d’années de retrouver cette sonorité unique, cet alliage de la guitare Gibson SG bien grasse et ample de Deno et des caresses de l’archet de Serge sur les cordes de son violon électrique à cinq cordes Yamaha, aux courbes si futuristes!

Suit l’épique Wings Of Eternity,  autre classique extrait du démo Mystic Sessions de 1986 et qui devrait figurer sur le prochain album à paraître vers mars 2020, et où Serge démontre que, malgré les quelques rides autour des yeux et un vilain tour de rein subi la veille qui l’obligeait à performer assis sur un tabouret de temps à autre, il n’a absolument rien perdu de cette voix d’une rondeur et d’une tessiture étonnante, à la fois capable d’impressionnantes envolées dans les notes suraiguës et tout empreinte d’une grâce patricienne, à l’instar d’un Michael Sadler de Saga.

Man Of Strange Beats est également accueillie par les acclamations de la foule des connaisseurs, composée en majorité de têtes grises, mais on pouvait néanmoins repérer de jeunes exégètes curieux qui semblaient eux aussi goûter la musique des vétérans rockers. Toutefois, les membres de Heavenknox, résolument tournés vers l’avenir, se gardent bien de limiter leur répertoire à un exercice de nostalgie. Diggin’ The Mud, une pièce qui traite de solidarité et de collaboration face à l’adversité, est la première de leurs nouvelles chansons qu’ils présentaient officiellement à leur public. Et à en juger par sa réaction, force est d’admettre que les vétérans ont encore le tour de pondre des riffs efficaces et des mélodies accrocheuses, ce qui augure fort bien pour l’album à venir! Saviour de même que Lords Of The Storm et sa rythmique en cavalcade effrénée viennent flatter notre fibre métalleuse dans le sens du poil.

Cependant, comme Heavenknox est de cette génération de groupes qui cultivent l’art de l’équilibre, la poignante balade Through The Night vient ajouter un moment bienvenu d’émotion et de pathos au milieu de tous ces hymnes épiques. Avec Raging Thunder, on remet le pied sur l’accélérateur et Deno en profite pour balancer entre les deux yeux un solo de guitare enrobé d’une wah-wah très goûteuse. Quant à la majestueuse Rise Upon The Sun  cette chanson demeure mon coup de cœur de la soirée, avec cette performance vocale de Serge qui accote – encore! – celles des grands ténors de l’art lyrique. S’il y avait une justice dans ce bas monde, Queen of my Dreams serait un classique des radios rock depuis belle lurette, avec le genre de riff imparable qui vous colle aux méninges comme du caramel mou au palais. Je me dois de souligner en passant le travail irréprochable de Michel et Jocelyn à la section rythmique tout au long du spectacle, eux qui travaillaient en double ce soir-là!

Après plus d’une heure à nous servir la crème de ce qui s’est fait au Québec dans le style hard rock progressif, après plus d’une heure d’acclamations et de témoignages d’amour de leurs fans fidèles, les quatre héros de la soirée nous laissent avec deux nouvelles pièces coup sur coup : Silver Man au riff amoureusement fignolé selon la tradition du hard rock classique des années 70, avec hurlement «gillanien» de Serge en prime (bonjour Deep Purple, Uriah Heep et compagnie!) et l’épique Kingdom Of Light d’une durée de presque 10 minutes, «… summum de l’inspiration denoamadéenne » pour reprendre les termes de ce farceur de Serge.

Évidemment, les fans en liesse exigeant un rappel, et n’ayant pas de coulisses où se cacher pour mieux se faire prier, les rois de la soirée concluent la soirée en enchaînant presque aussi sec avec Rockin’ The Streets, la pièce de Heavenknox qui se rapproche le plus du speed metal avec cette attaque de double grosse caisse de Michel, ce qui aura l’heur de combler la centaine de chums et de copines présents au-delà de leurs attentes. Les vieux guerriers sont venus, ont vu et ont vaincu, prouvant hors de tout doute raisonnable qu’ils avaient encore bien des choses à dire… et des oreilles à faire bourdonner.

Pas si mal pour des débutants, pas vrai?

Liste des chansons :

Turn Up the Music     –     Wings of Eternity     –     Man of Strange Beats     –     Diggin’ the Mud (nouvelle chanson)
Saviour     –     Lords of the Storm     –     Through the Night     –     Raging Thunder     –     Rise Upon the Sun     –     Queen of my Dreams     –     Silver Man (nouvelle chanson)     –     Kingdom of Light (nouvelle chanson)     Rappel:  Rockin’ the Streets

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BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

 

6 Comments

6 Comments

  1. Ricardolanglois

    12 novembre 2019 at 11:27

    10 sur 10 pour ton analyse…

    1- Commencer une critique par Jean Cocteau, cest génial
    2- bravo pour ta plume
    3-En 1985, j’étais sous le charme
    4- merci pour ton humilité
    5-l’art de l’équilibre dis-tu (c’est tout toi)

    • Jérôme Brisson

      12 novembre 2019 at 4:16

      Merci Ricardo, ça me touche beaucoup!

  2. Louis Bonneville

    13 novembre 2019 at 3:57

    C’est tout un compte rendu ! Merci M. J Brisson

    • Jérôme Brisson

      13 novembre 2019 at 10:59

      Merci M. Bonneville!

  3. larry todd

    13 novembre 2019 at 3:58

    un texte qualité #1, aucune longueur, pour avoir assisté a tes coté au spectacle, la description est tres solide comme toi, et toute l équipe présente, bravo, au plaisirs de vous soutenirs a de prochain événements,,,

    • Jérôme Brisson

      13 novembre 2019 at 11:01

      Merci Larry!

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