Spectacles

Sword ravit ses fans!

SWORD et RUSTED
Club Soda, Montréal
13 avril 2018

 

 Texte : Jérôme Brisson

  Photos :  Sergiu Turcanu (sauf pour Rusted)
  Vidéos:  Luc Grisé   


  
              

Un triomphe… Rien de moins!

En toute franchise, j’aurais très bien pu m’en tenir à ces cinq mots pour décrire la soirée de ce vendredi 13 avril, ces cinq mots qui résument à merveille l’essentiel de ce qu’il faut retenir de cette grande soirée de retrouvailles du public métalleux montréalais avec le légendaire quatuor de Saint-Bruno-de-Montarville. Mais ce serait admettre que les mots me manquent, ou plus précisément que je n’arriverais pas à trouver les mots qui puissent rendre justice à l’expérience presque religieuse vécue par bibi et les quelque 900 autres fidèles enthousiastes, jeunes et moins jeunes, entassés serrés dans l’enceinte du Club Soda. Et ce n’est pas demain la veille que votre humble serviteur se retrouvera à court de mots! Alors, allons-y hardiment…

Pourquoi ce grand retour de Sword sous les projecteurs, et pourquoi maintenant en 2018? À cette question qu’il a sans doute déjà entendue cent fois, mais avec le regard fervent du pèlerin qui a repris le bâton, le chanteur Rick Hughes me répond tout de go : « L’avènement d’Internet et des médias sociaux a permis aux vieux fans de Sword de raviver et de maintenir l’intérêt envers le groupe au fil des années. Après notre séparation, on a chacun été impliqué dans différents projets (NDLR : entre autres l’émission La Fureur pour Rick et les Porn Flakes pour le guitariste Mike Plant), mais plus de 20 ans après on s’est aperçu qu’il y avait bien du monde qui aimait encore notre musique et qui voulait nous revoir ensemble. » Et Rick d’établir une intéressante analogie entre leurs fans (et les fans de métal en général) et les fans de jazz : « Comme pour les amateurs de jazz, le public métal est un public dévoué, d’une fidélité indéfectible envers son genre musical, qui existe et qui dure en marge du « mainstream » et des modes passagères. »

Précisons que la décision commune de ressusciter pour de bon la légendaire formation québécoise ne s’est pas prise du jour au lendemain. Après un premier spectacle-réunion au Saguenay et un à Québec en juillet 2011 – histoire de tâter un peu le terrain – une participation au Festival Keep It True en Allemagne ainsi qu’une apparition surprise au Heavy MTL en 2012, les intentions du groupe se sont précisées au cours des derniers mois : deux spectacles à guichets fermés au Quartier de Lune à Québec en septembre 2017, suivis d’une prestation le même mois en tête d’affiche au festival Harder Than Steel de Dittigheim en Allemagne, et un nouvel album en chantier – leur troisième en carrière, 30 ans après Sweet Dreams! – à paraître cette année sur Combat Records, l’étiquette gérée par Dave Ellefson, bassiste de Megadeth et fan de longue date du groupe québécois. À ce sujet, Rick me confiait même qu’une tournée en première partie de la bande à Dave Mustaine devrait se concrétiser pour donner suite à la sortie du nouvel album.

Ce qui nous amène à cette soirée – d’une importance stratégique –  soulignant le grand retour sur une scène montréalaise des ténors du métal « old school » québécois. Pas moins de 900 inconditionnel(le)s ont répondu à l’invitation du groupe lancée début février sur les médias tant sociaux que traditionnels, formant une file devant les portes du Club Soda qui s’étirait jusqu’à l’intersection des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine. Dans la salle, comme au National le week-end précédent, on croise encore des visages familiers : Denis « Snake » Bélanger de Voivod, Dan Georgesco des Porn Flakes, et aussi (bien sûr!) Lulu Hughes dans une forme resplendissante, accompagnée de quelques copines et venue pour encourager ses grands frères! Deux heures avant que Rick et ses frères d’armes investissent la scène, il devient déjà ardu de se frayer un passage à travers la foule dense du parterre, l’ambiance est on ne peut plus festive et l’excitation palpable…

Rusted

Sur le coup des 20 heures, place à la jeune formation montréalaise Rusted, dont le glam/hard rock de party – pensez un peu à un Guns N’Roses mâtiné de Skid Row, avec des harmonies de guitares que n’aurait pas reniées Thin Lizzy – n’aurait pas pu trouver un meilleur et aussi nombreux public que celui du Club Soda ce soir-là. Jeune formation sans doute, mais certainement pas novice, oh que non! Le groupe – Tony Rust au chant, Tommy D. Eagle et ManiaK aux guitares, Mark Shark à la basse et D. Izzy à la batterie – fort de ses neuf années d’existence et d’une discographie qui comptent déjà quatre simples et trois albums (dont un « live »!), se révèle sur scène une machine admirablement bien rodée. Des riffs diablement efficaces (notamment sur « Feral Child », « Young, Wild & Free » et leur hymne « Rock Patrol »), des mélodies accrocheuses et un chanteur énergique, enjoué et charismatique, voilà une combinaison gagnante qui a tôt fait de remporter les suffrages des métalleux et métalleuses présents. Après un clin d’œil reconnaissant à leurs aînés et hôtes de la soirée (« Nous aussi, on est venus pour Sword! »), Rusted termine en beauté sa prestation de 30 minutes avec « Young, Wild & Free », reprise en chœur par une foule conquise… suivie par un égoportrait du groupe avec 900 nouveaux amis!

Sword

Lorsque tombe enfin l’obscurité à 21 heures dans la salle bondée, la frénésie collective atteint son paroxysme. Des colonnes de sons, on distingue malgré la clameur assourdissante un collage sonore qui semble se terminer par la voix d’une animatrice de télé québécoise des années 80 présentant d’un ton posé « le groupe Sword ». Ouverture des rideaux, sirène de raid aérien, fumée, gyrophares en folie… et les héros de la soirée sonnent la charge avec l’explosive « Outta Control », la pièce la plus « motörheadienne » de Metalized. D’aucuns parmi les cyniques pourraient aujourd’hui trouver des rimes comme « Outta control, I’m outta control/I’m ready to rock, I’m ready to roll » un peu trop convenues, cliché, voire cucul, mais à entendre Rick les rugir avec une telle sincérité dans l’intention, on comprend que comme on dit chez nos voisins du sud « the man means f***ing business! ».

Sans perdre de temps, le groupe enchaîne avec « Dare To Spit On My Grave ». Les musiciens affichent une forme splendide – Rick en particulier n’a jamais été aussi en voix – le son est parfaitement balancé, les jeux de lumière au point. On note peu d’effets visuels, une scène étonnamment sobre. Le message ici est clair : « Laissons la musique parler d’elle-même! » Tout au long des 110 minutes de leur prestation, le groupe puisera allègrement dans le répertoire de leurs deux albums Metalized et Sweet Dreams et en profitera pour introduire trois nouvelles chansons à paraître sur leur nouvel album : « Took My Chances », « I’m In Command » et « Spread The Pain » qui clôturera le rappel.  Si ces trois nouvelles pièces s’annoncent comme un avant-goût de ce que nous réserve le nouvel album, on peut d’ores et déjà parler d’un autre fleuron qui s’ajoutera à la discographie de Sword.

Et les brûlots de s’enchaîner les uns après les autres, riffs imparables après riffs imparables, sans temps mort… « Until Death Do Us Part » et cette note très Dio dans les inflexions de Rick, « Life On The Sharp Edge » et son intro démente à la slide… Quel plaisir d’entendre à nouveau vrombir la Gibson Les Paul de Mike Plant sur « Sweet Dreams » et « The End of The Night ». Dan Hughes (batterie) et Mike Larock (basse) assurent encore et toujours une rythmique serrée et irréprochable. Partout les sourires s’illuminent sur les visages, sur scène comme sur le parterre et au balcon. Ému, Rick n’en finit plus de remercier la foule pour son amour et sa fidélité envers le groupe. Avant d’attaquer « The Trouble Is », Rick ne manque pas d’observer que « les lyrics dans le métal vieillissent bien » et, en ce sens, la crise des réfugiés syriens est venue récemment nous rappeler que les paroles de « The Trouble Is » demeurent d’une troublante actualité.

Après le triplé de « F.T.W. », « Stoned Again » et « Runaway » qui vient conclure la prestation, le groupe revient pour nous balancer en guise de rappel l’incontournable « Evil Spell », ponctuée à grand renfort de bombes fumigènes et de jeux de lumière éblouissants. Le parterre du Club Soda se transforme pour l’occasion en un grand champ de bras dressés dans les airs avec des « horns up » à chaque extrémité! Le groupe nous laisse enfin, repus, avec « Spread The Pain », une de leurs nouvelles chansons qui laisse augurer de bien bonnes choses pour l’avenir du groupe. La musique s’est enfin tue, les oreilles bourdonneront encore un certain temps, mais les sourires, eux, vont rester pendant encore longtemps.

Ils sont revenus, ils nous ont revus et ils ont vaincu à nouveau. Un triomphe… Rien de moins!

LISTE DES CHANSONS

Rusted

Feral Child   –  Two at a Time    –   Rock Patrol   –   Last Stand   –   Tsunami   –   The Higher You Fly   –   Young, Wild & Free

Sword

Outta Control   –   Dare to Spit   –   Until Death Do Us Part   –   The Threat   –   Life On The Sharp Edge    –  Took My Chances (nouvelle)   –    Sweet Dreams    –    The End of the Nigh   –   Where To Hide   –    Children of Heaven            The Trouble Is   –  Back Off   –  I’m In Command (nouvelle)    –   Prepare To Die   –   Caught In The Act   –    Stuck In Rock   –   Land of the Brave   –   State Of Shock   –  FTW   –  Stoned Again   –  Runaway                                                  Rappel :   Evil Spell    –    Spread The Pain (nouvelle)

INFOGRAPHE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: STEVEN HENRY
ASSISTANTE RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
RÉDAC’CHEF: GÉO GIGUÈRE

3 Comments

3 Comments

  1. JF

    19 avril 2018 at 6:11

    Je confirme pour avoir été sur place la magie de Sword as opéré comme si jamais le temps avait passé fans un jours fans toujours rock on🤘🤘🤘

  2. Luc Falardeau

    20 avril 2018 at 2:53

    Tu es bien humble mon cher Jérôme Brisson. Tu dis que les mots te manquent mais j’ai remarqué l’utilisation de ‘’indéfectible, frénésie et cyniques’’ et même et des mots que je ne connais pas comme ‘’mâtiné’’, et des mots qui existe pas encore comme ‘’Motörheadienne’’. Tout est parfais et rien a été oublié, tu es un Jedi de la chronique spectacle. Je sais, je sais. Tu as eu l’aide de Géo et son équipe mais quand-même chapeau, tu m’épate. Je vais essayer de prendre exemple sur toi.

    • Jérôme Brisson

      20 avril 2018 at 4:21

      Merci du compliment Luc, c’est fort apprécié!

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